© 2019 margriet van der ven

 

 

foto's / photos: Tineke van der Ven

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Recycleren, archiveren, experimenteren, steeds opnieuw proberen, daar draait het om bij Margriet van der Ven. Haar aterlier leest als een logboek'.

 

Artistiek archief

Van het sierlijk gebogen uitstalraam van een leegstaand pand aan de drukke Jubelfeestlaan in Sint-Jans-Molenbeek maakte Margriet van der Ven ‘haar’ vitrine. Het is een bont landschap achter de ruit, als een verzameling ex voto’s of porseleinen borden in een etagère. Het zijn afgedankte ondiepe ronde blikken archiefdozen, aan de binnenkant bekleed met over elkaar heen liggende laagjes textiel of papier. Een vergeeld notitieblaadje zit vastgenaaid op een reep bedrukt papier. Vrolijke kleuren wisselen af met zwarte, smoezelige of brokkelige vormen. Zo ontvouwen zich langs de straat flarden van een kunstenaarsbestaan. 

 

Margriet van der Ven voelt zich goed bij deze wijze van exposeren. De vrijheid van het alternatieve circuit ligt haar beter dan de band met een galerie. Ze wil ook méér dan tentoonstellen in een steriele ruimte, ze wil de ruimte inpalmen – niet opzichtig, eerder discreet, maar toch met haar aanwezigheid gevuld. Sinds ze in Brussel woont, en dat is nu al enkele jaren, schept ze plezier in de projecten waarvoor ze uitgenodigd wordt of gaat ze zelf op zoek naar geschikte plekken om met haar interventies de blik van de voorbijganger te vangen en reacties uit te lokken.

 

Margriet van der Ven bracht haar jeugd in Tilburg door en studeerde vrije grafiek in Breda, maar van het etsen verlangde ze meer dan de vervolmaking van schoolse technieken op maagdelijk papier. Vrachtwagenzeil of zijde, oude facturen,  gebruikt flap-overpapier, registers van het vogelringwerk van het Instituut voor Natuurwetenschappen waar ze ooit nog vrijwilligerswerk deed, brieven van een overleden vriendin, ooit wordt het de grondlaag voor het drukwerk dat ze er in lagen overheen legt. Recycleren, archiveren, experimenteren, steeds opnieuw proberen, daar draait het om bij Margriet van der Ven. Haar atelier leest als een logboek, met de drukpers centraal en daarrond, - op tafels en stoelen, tegen muren en ramen, in bundels bijeengebracht of mooi uitgehangen naast elkaar – haar werk waarlangs je blik ronddwaalt en zich vasthaakt, getroffen door een kleur, een vorm.

 

Alles hier is in wording, niets is af. Dragers worden bedrukt, één keer, nog een keer, laag op laag, bladen worden samengebonden tot een boek, dan weer uiteen gehaald, ingepakt in bedrukte transparante enveloppes, in plastic houders, en dan weer uitgepakt, opgehangen, neergelegd. De etsplaten hebben een grillige vorm, geënt op de natuur, op de vorm en de nervatuur van een blad bijvoorbeeld. Ze worden ingesneden met de naald, gegroefd, gekarteld, geschuurd, beschilderd met suikerwater, doorboord, tot ze in stukken uiteenvallen en als kleine platen een nieuw leven leiden. Het is een onophoudelijk scheppen en herscheppen, een oogsten van ideeën en materialen op de compost van het verleden. Zo heeft van der Ven van een dagboek dat ze ooit bijhield (en dat ze bij herlezing een ‘hoop onnozelheid’ vond) een ‘vaandel’ gecomponeerd, een reliëf van aan elkaar gehechte, aan de hoeken opkrullende bladen die, over de schriftuur heen, met motieven in rood-, roest- en paarstinten bedrukt zijn.

 

Margriet van der Ven houdt van klasseren en ordenen. ‘Dat heb ik van mijn moeder,’ vertelt ze, ‘die was naaister en hield nauwgezet proeflapjes en naai- en patroonbeschrijvingen bij’. Ze toont het album dat ze met die restjes gemaakt heeft, een soort ‘livre de mémoire’ waarin het verhaal van de moeder zich verweeft met het verhaal van de artistieke ontwikkeling van haar dochter. Zo wordt ambacht kunst.

 

Sabine Alexander

KUNST tijdschrift Vlaanderen

nr 352, februari 2015

 

 

 

Wunderkammer 75 ---- texte français ----

Margriet van der Ven

 

Passion débordante ? Hommage appuyé à l'esprit ludique ? Quête complexe d’un équilibre ici-bas ? L’univers marqué par le passage du temps de l’atelier de Margriet van der Ven nous submerge : “Si je veux un jour réaliser tout cela, je devrai atteindre l’âge de 200 ans.” Kurt Snoekx • photos : Saskia Vanderstichele

 

“Je bricole depuis ma plus tendre enfance, en particulier avec du textile. Ma mère était professeur de couture et elle m’encourageait. Elle n’avait jamais vécu ça, car elle avait toujours dû travailler à la maison. Mais pour ces cinq enfants, elle avait décidé que le jeu ferait partie de notre vie. Mission accomplie.” (Rires) Et comment. L’immeuble laekenois au rez-de-chaussée duquel Margriet van der Ven a installé son atelier il y a près de quatre ans donne le tournis. Les œuvres envahissent l’immense espace, scindé par des parois droites et obliques en différentes pièces habitées chacune par une lumière unique. Entre les fleurs séchées dans des fardes en plastique et les panneaux malmenées par le travail de l’artiste, elles peuplent les murs, les portes et les fenêtres, investissent les hautes tables et les bureaux, fournissent la matière première de livres artisanaux réalisés à partir d'annotations, de matériaux récupérés et de fragments d’anciennes œuvres. Tous éléments autour du cœur de l’atelier : la grande presse. “Je ne pourrais pas m’en passer !

Depuis le premier jour de ma formation artistique, je savais que ces plaques allaient y passer. Dessiner est une action très précise, tout en retenue. Dans ces instants, dessiner et peindre sur de grands formats peut faire du bien. Pourtant, j’adore la lenteur du procédé : partir de rien pour faire apparaître quelque chose sur ces grandes plaques carrées. Pas de façon classique, car je les découpe, je les troue et j'en fais des morceaux. Je parcours ces étapes et au final, après les avoir poncées et structurées, les plaques sont si fines qu’il n’en reste quasi rien. En fait, ce n’est que le début : je suis incapable de faire de jolies gravures sur une feuille blanche. J’imprime par-dessus d’autres écrits, sur des peintures, du papier de soie, des déchets, du papier journal vierge, sur de grandes pages de tableau à feuilles déjà utilisées... Les objets inutiles et les déchets d’autrui sont une mine d’or pour moi. Rien n’est perdu.”

Pourtant… Le travail de Margriet van der Ven joue un jeu étrange avec l’éternel. “Si je veux un jour réaliser tout cela, je devrai atteindre l’âge 200 ans,” rit-elle en faisant référence aux carnets où elle conserve ses annotations et ses esquisses pour des projets futurs. La quantité du matériel présent démontre à elle seule un besoin d’archivage presque obsessif, un acharnement à vouloir fixer les choses, alors que la nature capricieuse, multiforme et multicouche (au sens propre) de ses compositions rappelle justement la complexité de l’acte.

 

 

 

 

 

 

 

‘Recycler, archiver, expérimenter, essayer sans cesse, voilà le quotidien de Margriet van der Ven. Son atelier ressemble à un livre de bord.’

 

Archives artistiques

Margriet van der Ven a décoré personnellement la vitre finement courbée d’un immeuble vide, dans l’animation du Boulevard du Jubilé à Molenbeek-Saint-Jean. On peut apercevoir derrière la vitre un monde haut en couleur, comme une collection d’ex-voto et d’assiettes de porcelaine dans une étagère. De vieilles boîtes rondes d’archives en fer blanc sont habillées de couches de textile ou de papier en superposition. Une petite feuille de notes jaunie est cousue à un amas de feuilles imprimées. Des couleurs gaies se mêlent à des formes noires, dégradées ou délicates. Toutes ces décorations le long de la rue révèlent la présence d’une artiste.

 

Cette forme d’exposition lui correspond bien ; la liberté du circuit alternatif lui va mieux que de dépendre d’une galerie. Elle désire plus que simplement exposer dans un espace stérile ; cet espace, elle désire se l’approprier – sans tapage, plutôt discrètement, mais en faisant bon sentir sa présence. Depuis son arrivée à Bruxelles, il y a quelques années maintenant, elle prend plaisir aux projets auxquels elle est invitée ou part elle-même à la recherche d’endroits où ses interventions pourront attirer l’attention des passants et susciter les réactions.

 

Margriet van der Ven a passé sa jeunesse à Tilburg et a suivi des études d’art graphique libre à Breda. Mais elle attendait davantage de la gravure que le simple perfectionnement des techniques scolaires sur du papier vierge. Bâches de camions ou soie, anciennes factures, papier usagé de blocs de feuilles à rabat, registres des oiseaux bagués de l’Institut des Sciences naturelles où elle fut un moment bénévole, lettres d’une amie décédée, constitueront plus tard la base de ces imprimés qu’elle superpose. Recycler, archiver, expérimenter, essayer sans cesse, voilà le quotidien de Margriet van der Ven. Son atelier ressemble à un livre de bord : la presse installée au centre, et alentour – sur les tables et les chaises, aux murs et aux fenêtres, en liasses ou joliment pendus les uns à côté des autres – ses œuvres, sur lesquelles le regard flâne et se fixe, attiré par une couleur, une forme particulières.

 

Ici, tout est en devenir ; rien n’est achevé. Les supports sont imprimés une première fois, puis une deuxième et, couche après couche, les feuilles deviennent des livres pour ensuite à nouveau être détachées et emballées dans des enveloppes transparentes imprimées, dans des supports en plastique, puis à nouveau déballées, suspendues, déposées. Les plaques de gravure ont une forme étrange, gravées selon les caractéristiques, la forme et la nervation d’une feuille par exemple. Elles sont gravées à l’aiguille, entaillées, polies, peintes à l’eau sucrée, percées jusqu’à tomber en morceaux pour retrouver une nouvelle vie en tant que plaquettes. C’est une création et recréation sans fin, une récolte d’idées et de matériaux sur le compost du passé. Ainsi, Margriet van der Ven a transformé un journal intime qu’elle tenait autrefois (à la relecture, un ‘ramassis de sottises’) en un drapeau, un ensemble de feuilles cornées rattachées les unes aux autres, imprimées de motifs aux teintes rouge, rouille et mauve par-dessus le texte.

 

Margriet van der Ven aime le classement et l’ordre. ‘Je tiens cela de ma mère, elle était couturière et conservait scrupuleusement les échantillons et descriptions de couture et de modèles’, explique-t-elle. Elle montre l’album, réalisé à partir de ces restes, une sorte de livre de mémoire où l’histoire de la mère est intimement liée à celle du développement artistique de sa fille. Voilà comment un métier devient tout un art.

 

Sabine Alexander

KUNST tijdschrift Vlaanderen

n° 352, février 2015

 

“Mon travail n’est absolument pas fait pour l’éternité. Il peut être temporaire, tout peut s’effondrer. J’aime l’idée de l’altérabilité, l’idée que l’œuvre montre qu’elle a déjà vécu.” Le fragmentaire, l’illisible, la liberté de s’altérer semblent presque une ode à la volatilité du souvenir et à la beauté du fugace (lentement mais sûrement). L’atelier est tel un palais des glaces reflétant l'exercice quotidien du souvenir. Avec l’artiste en taxonomiste détaché et conscient et comme conjurateur d’un herbier artificiel, qui déjoue la fugacité par l’organique, la continuation, la vie qui passe d’une œuvre à l’autre.

 

De cette façon, l’œuvre de Margriet van der Ven tente de trouver un équilibre entre l’organique et l’acte créateur de l’artiste, souvent dans des compositions qui incorporent cette nature dans leur thématique et la rappellent dans leur texture burinée et leur caractère tactile. Tout ceci est le résultat d’une quête d’équilibre. “Oui, beaucoup de choses disparaissent tout au long du processus. Il faut gratter ce qui dépasse. C’est un simple reflet de ma manière d’être. Je suis une personne très égale. Mon travail est une recherche d'équilibre et de tranquillité.” Il y a quatre ans, cette recherche a mené Margriet van der Ven, née à Tilburg, de Minderhout (Anvers) à Bruxelles. “Oui… (Rires) Comparé à Minderhout, où nous vivions en pleine nature, Bruxelles est tout de même très différente. J’ai besoin de la protection de l’atelier. Je dois pouvoir m'isoler au calme.”

 

Cela ne l’empêche pas de se plonger dans la ville. “Avant notre déménagement, je me suis dit que j’habiterais à Bruxelles pendant au moins cinq ans. J'essaie de visiter toute la ville. Tous les dimanches matins, je profite du calme de la ville et je fais un tour à vélo ou à pied. Ainsi, je passerai partout.” Ces découvertes inspirent également Margriet van der Ven sur le plan artistique. Elle présente souvent son travail dans une forme adaptée à l’espace et à la lumière. Ces projets in-situ l’ont déjà amenée à explorer la ville de manière originale. “En se promenant dans un quartier, on découvre parfois des lieux intrigants. Dans ce cas, je glisse parfois un petit mot dans la boîte aux lettres des gens. De temps en temps, une personne m’appelle parce qu’elle aime l’idée de mettre sa fenêtre à disposition. Récemment, j’ai encore trouvé une petite boutique à l’abandon avec des vitrines à affiches extérieures. J’aimerais en faire quelque chose. C’est aussi une alternative au circuit officiel. J’ai toujours fait en sorte d'avoir un gagne-pain. Ce n’est pas mon genre de dépendre d’une galerie et de faire des concessions.” Mais peut-être qu’atteindre 200 ans dans l’univers en expansion de son atelier, oui…